Textes

Démarche

Depuis 2016, je compose librement sur toile à partir de formes inspirées par les travaux de Jacques Villeglé et Raymond Hains. J’ai développé cet axe de recherche car j’affectionne l’idée de l’accumulation, du recouvrement. Visible dans le métro ou dans la rue, l’affiche lacérée témoigne de l’instant présent. Si la ville était une jungle urbaine, les affiches en seraient les feuilles qui habillent ces forets de béton et de métal. Telles des hybrides, des formes abstraites, qui traduisent la très concrète destruction du fragile papier. J’y vois une certaine filiation avec le graffiti.

Ma peinture présente également des similitudes esthétiques avec les univers du graphisme et de la décoration. La nature détruite, abimée, déchirée ou lacérée du papier constitue une contradiction formelle avec ce qu’elle porte de décoratif et d’abstrait. Dans mon travail, j’explore attentivement les contours, la répartition des formes dans l’espace du tableau ainsi que le choix des couleurs.

Je réalise des aplats, ceux-ci sont peints de façon à offrir au regard une surface plane, et lisse. Ainsi les formes semblent être collées sur toile. Appliquer une épaisse couche de peinture, permet de faire apparaitre sur la toile un millimètre de sur-épaisseur de peinture, qui peut être confondu avec le volume d’une feuille. Je cherche à semer un trouble sur la nature de ce qui est regardé. L’imitation est un moteur dans ma pratique. Le « recyclage » de formes déjà existantes leur donne un sens nouveau et indépendant de leur contexte d’origine.

Afin de restituer l’accumulation d’affiches mes toiles sont obtenues par la réalisation des memes gestes : conception du pochoir, peinture, retrait du pochoir. Je répète mon geste, les formes peintes se superposent. Ce qui induit la perte d’une partie du motif. L’utilisation du pochoir me pousse à imaginer mentalement les formes. L’écart entre ce que j’imagine et ce qui est obtenu est constant. Je peins sans me servir de photo ou modèle. Je compose par anticipation et j’avance en essayant de me rapprocher au mieux de mon image mentale. Les pochoirs se font « in-situ », ils sont fabriqués sur la toile et ne servent qu’une seule fois. Le moment où je « dessine » (par l’intermédiaire des pochoirs) est distinct du moment où la peinture fixe la forme sur la toile.

La composition finale est alors le fruit d’une superposition de formes et d’une répétition des mêmes étapes. C’est un jeu de « composition / recouvrement ». L’accumulation des couches de peinture place le recouvrement au cœur de ma pratique. Mon geste se fait de telle sorte que la peinture se diffuse par capillarité dans les bordures du pochoir. Se faisant, une ligne d’une épaisseur inférieure à 1 millimètre apparait sur la toile. Cette ligne de contour agit pour l’observateur comme un « signal visuel » qui renvoie au papier déchiré. C’est une ligne brisée issue de la physique des matériaux. Elle apparait par transmission passant du pochoir à la toile. Le contour de ces formes produit la perception d’une déchirure. La destruction du papier est de nature aléatoire et spontanée. A l’inverse, mon geste allie réflexion et patience.

Je cultive un certain détachement avec la peinture. Dans l’exercice de la peinture sur toile, il m’est apparu opportun d’opter pour une forme de légèreté. Je me défais du châssis et du chevalet. Non tendue, la toile est là, comme un rappel à la feuille de papier. La toile, ainsi présentée crée une ambiguïté sur la nature du support. Cet effet a pour conséquence d’accentuer la « véracité feinte » des formes peintes. Le support et la surface se confondent. La fibre est laissée apparente : entre les formes peintes, la toile brute est là.

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